"Au sujet d'un enfant monstrueux", Montaigne.

24/11/2012 18:33

Lecture analytique n°1.

(1ères ES / S.)

 

« Au sujet d’un enfant monstrueux », Chapitre 30, Livre II, Essais, 1580-1588, Michel Eyquem de Montaigne.

 

INTRODUCTION.

   ● Michel Eyquem, seigneur de Montaigne (1533- 1592), est né dans une famille de riches négociants à Saint-Michel-de-Montaigne, en Dordogne. A sept ans, grâce à l’enseignement d’un précepteur allemand, il ne sait que le latin. Il est alors scolarisé  à Bordeaux, dans un collège qui est un haut lieu de l'humanisme bordelais, où il apprend le français, le grec, la rhétorique et le théâtre, domaines dans lesquels il excelle. Il poursuit, ensuite des études de droit, qui lui permettent d’entrer comme conseiller à la Cours des Aides de périgueux, laquelle est réunie par la suite au parlement de Bordeaux. Il va y travailler treize ans, et a eu plusieurs missions à la Cour de France. C’est lors d’un voyage à Rome, en 1581, qu’il apprend qu’il est élu maire de Bordeaux, par les Jurats, ville dans laquelle il tentera de calmer les haines entre protestants et Catholiques.

   Marié, il est le père de six filles, dont une seule a survécu. Sa femme gérait la propriété, comme elle l’entendait. Il a eu un ami très cher, à l’instar de Platon, dans son fameux Banquet, Etienne de La Boétie, pour qui, au départ, il a entrepris la rédaction des Essais, lesquels devaient servir d’écrin pour le Discours de la servitude volontaire, qui est un éloge de l’amitié, et un blâme de la corruption du pouvoir et des courtisans écrit par cet ami.

   Grand voyageur, puisqu’il a parcourut la France, mais aussi l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse et l’Italie, il est humaniste. Il admire Virgile, Cicéron. Il appartient à la deuxième moitié du courant humaniste, c'est-à-dire qu’il prend l'homme, et en particulier lui-même, comme objet d'étude dans son principal travail, affirmant, et en cela critiquant un peu Rabelais et sa soif de connaissance, qu’il préférait une tête bien faite à une tête bien pleine. Il entreprend les Essais, son œuvre majeure, paru à titre posthume, dès 1571, son projet étant de lever les masques, de dépasser les artifices pour se découvrir lui-même. Cette rédaction va lui permettre de mieux se connaître, et d’évoquer, entre autre, son parcours philosophique, allant du stoïcisme à l’épicurisme, en passant par le scepticisme, pour aboutir à l’édification de sa propre philosophie qu’il résume en une phrase : « Pour moi, donc j’aime la vie ».

   Montaigne a eu une grande influence sur des écrivains de toutes époques, incluant Descartes, Rousseau, Pascal, Nietzsche, ou Cioran.

   ● Premier de son genre, les Essais a pour but de décrire l’homme en général et son auteur en particulier. Montaigne dictait ses pensées à un secrétaire, ce qui peut expliquer en partie le nombre de digressions dont regorge l’ouvrage. Ses considérations sont perpétuellement illustrées de citations grecques ou romaines. Il décrit sa pauvre mémoire, sa capacité à arranger des conflits sans s'y impliquer émotionnellement, son dégoût pour les hommes poursuivant la célébrité et ses tentatives pour se détacher des choses du monde afin de se préparer à la mort. Sa célèbre devise « Que sais-je ? » apparaît comme le point de départ de tout son étonnement philosophique. Au gré de ses pensées, il évoque son parcours philosophique, sa haine de toute violence. Certains chapitres de cette œuvre restent plus célèbres que d’autres, comme « De l’amitié, « Des cannibales », « De la vanité » ou « Des coches ».

   ● Dans ce passage, il narre un épisode de sa vie, ce qui lui permet de donner une leçon d’humanité au lectorat.  

 

 

PROBLEMATIQUE.

   Comment à travers discours étayé d’une narration, Montaigne fait-il une critique acerbe de l’intolérance ?

 

 

PLAN.

I- L’art du discours.

1°- Le rôle de la structure argumentative.

2°- Les stratégies argumentatives.

 

II- L’appel à la tolérance.

1°- Un essayiste humaniste.

2°- La leçon d’humanité.

 

 

DEVELOPPEMENT.

              I- L’art du discours.

1°- Le rôle de la structure argumentative.

   ● l.1 à 3 : L’exemple : Montaigne a assisté à un spectacle curieux. Un enfant était mené par les siens, présents par le champ lexical de la famille : « Nourrice (l.1), père, oncle tante » (l.2) » afin qu’il soit livré en pâture à la curiosité d’autrui, comme un phénomène de foire, ce qui est souligné par un connecteur logique de cause « A cause » (l.3), et de but « Pour ».

   ● l.3 à 11 : Explication de l’exemple : L’enfant est en fait collé à son siamois, lequel est sans tête, donc non viable, il apparaît donc comme un petit être monstrueux, de par sa grande différence physique, même s’il a des caractéristiques fort humaines, comme l’atteste le champ lexical du corps : « Pieds (l.4), tétins (l.7) ».

   ● l.12 à 15 : L’argument : Ce n’est pas parce que l’Homme a l’esprit trop étriqué pour concevoir la normalité de la différence, que cette dernière n’existe pas. Elle est avérée, ne serait-ce parce qu’elle a été créée par la grandeur divine.

   ● l.15 à 23 : Explication de l’argument : Quand l’Homme voit quelque chose de nouveau pour lui, il la considère comme anormale, ce qui est souligné par le champ lexical de la surprise : « Etonnement (l.14), étonne (l.20), prodige (l.21) », sans envisager que Dieu, représenté par le champ lexical de la perfection : « Parfaite, sagesse, bon, ordinaire, régulier » (l.16) ait voulu créer la diversité

   ● l.24 à 25 : Reprise de l’argument pour prouver qu’il y a eu démonstration : Il n’existe rien de contre nature, et donner cette appellation à ce qui est inconnu est une hérésie.

═► L’ordre canonique du schéma argumentatif est bouleversé. En effet, l’essayiste commence son argumentation par l’exemple, afin de mieux choquer le lecteur, mais aussi pour capter son attention, par une histoire courte, qui va lui permettre et d’ancrer son discours dans le réalisme, et de préparer le lecteur à recevoir une leçon explicite : Registre didactique.

 

2°- Les stratégies argumentatives.

   ● Convaincre :

          Présence de connecteurs logiques de but, de cause, de conséquence, symboles d’une argumentation rationnelle : « Pour (l.2, 3), à cause (l.3), car (l.8) ».

          Présence d’un exemple ciblé, précis auquel l’auteur dit avoir assisté, d’où la promesse de réalisme :

*       La périphrase : « Avant-hier » (l.1) ancre le récit dans une temporalité vécue par Montaigne, tout comme l’emploi des temps du passé, qu’ils soient passé simple : « Je vis » (l.1), imparfait : « Conduisaient (l.2), était (l.3), soutenait, marchait (l.4), gazouillait (l.5), semblait, était (l.6), était attaché (l.7), avait (l.8), voulait (l.11) », ou plus-que-parfait : « Etaient joints » (l.10).

*       L’enfant est présenté accompagné des membres de sa famille, comme le montrent les périphrases organisées en accumulation : « Nourrice (l.1), père, oncle, tante (l.2) ».

*       Comme pour la plupart des gens, c’est l’appât du gain qui fait agir ces personnes, ce qui est souligné par le zeugme : « Pour le montrer à cause de son étrangeté et pour tirer de cela quelque sou » (l.2-3).

          L’enfant n’est pas un être éthéré, il est présenté d’une manière concrète, laquelle tend à prouver qu’il est réellement un être humain, et non un monstre hideux, avec :

*       Le champ lexical du corps : « Pieds (l.4), tétins (l.7) ».

*       Le champ lexical de l’expression : « Gazouillait (l.5), cris (l.6) ».

*       La comparaison : « A peu près comme les autres enfants de même âge » (l.5). 

          Sa différence vient du fait qu’il a son siamois, lequel n’est plus en vie attaché au thorax, ce qui est démontré par :

*       La gradation ascendante dans l’attachement : « Collé, attaché » (l.7).

*       La comparaison : « Comme si un plus petit enfant voulait en embrasser un second » (l.12-13).

          Le deuxième enfant, qui n’est pas en vie, est aussi décrit le plus fidèlement possible :

*       Il n’a pas de tête, comme l’atteste la périphrase : « Un autre enfant sans tête et qui avait le canal du dos bouché » (l.7-8).

*       La personnification : « Le reste intact » (l.8).

*       La comparaison : « Un bras plus court que l’autre » (l.9), qui est combinée à l’allitération en [k], laquelle, soulignée par le présentatif : « C’est » évoque la fracture du bras : « C’est qu’il lui avait été cassé accidentellement à leur naissance » (l.9-10) qui prouve que s’il est difforme, cela est dû à un accident de naissance.

═► L’essayiste présente les deux enfants sans faire appel au pathos, le plus simplement possible, sans tenter de créer la pitié chez le lecteur. Il reste dans une description la plus objective possible, ce qui est démontré par les euphémismes qui tentent de minimiser au maximum l’atypisme de l’enfant, et dont la deuxième occurrence est aussi une hyperbole : « Etrangeté (l.3), ses cris semblaient bien avoir quelque chose de particulier (l.5-6) ».

          S’en suit sa démonstration :

*       Pour mieux faire passer son message, il use de présents gnomiques, lesquels donnent à son discours une dimension d’aphorisme : « Sont (l.13), voit (l.13, 19), frappe, rapporte (l.14), rattache (l.15), vient (l.16), étonne, ignore (l.20), pense (l.21), arrive (l.22), a (l.23) ».

*       A ses yeux, la différence n’est en fait que l’idée que l’on se fait de ce que l’on ne connaît pas, comme le soulignent :

v  Les hyperboles : « Ce que l’homme voit fréquemment… cause (l.19-20), mais ce qu’il n’a jamais vu… prodige (l.20-21) ».

v  Le chiasme : « Ce que l’homme voit fréquemment ne l’étonne pas, même s’il en ignore la cause (l.19-20) // Mais si ce qu’il n’a jamais vu arrive, il pense que c’est un prodige (l.20-21) ».

v  Le polyptote : « Contre (l.22) / Contrairement (l.22) ».

v  L’hyperbole, soulignée par le présentatif : « Il n’y a rien… nature » (l.23).

   ● Persuader :

          Présence d’un connecteur logique d’opposition, dit de rupture qui choque le lecteur, et tente de lui prouver que lui aussi est dans l’erreur quand il croit voir des monstres : « Mais » (l.20).

          La persuasion passe aussi par la présence du pronom personnel de la première personne du pluriel : « Nous » (l.12, 22), à la fonction de sujet, tout comme à a fonction de complément (l.24) : Il permet à l’essayiste de s’inclure dans le groupe des personnes intolérantes, et de ne pas heurter son lectorat qui constate qu’il se donne aussi une leçon à lui-même.

          Le fait qu’il s’agisse d’enfants peut malgré tout générer de la pitié chez le lectorat, car :

*       L’enfant viable est jeune, comme l’atteste l’hyperbole : « Il était âgé de quatorze mois tout juste » (l.6-7).

*       Il est attendrissant, ainsi que le prouve la réification, combinée à la comparaison, qui l’assimile à un oisillon, et qui valorise alors sa fragilité : « Gazouillait à peu près comme les autres enfants de même âge » (l.5).

          Il ne trouve aucune compassion chez les siens, qui plutôt que de le protéger, l’exhibent, ainsi que le montre le zeugme : « Pour le montrer à cause de son étrangeté et pour tirer de cela quelque sou », lequel est aussi organisé en parallélisme.

          Il est du domaine du possible qu’il entre dans la persuasion, en évoquant « Dieu » (l.12), car la Religion tient une importance prépondérante dans la France du XVIème siècle, et tout Homme bien né ne peut être que réceptif à cet argument :

*       Il insiste sur les pouvoirs divins, qui lui permettent de cibler l’étroitesse de l’esprit de l’Homme, avec :

v  L’antithèse : « Les êtres que nous appelons monstres… Dieu » (l.12).

v  Le champ lexical de la grandeur qui caractérise Dieu : « Immensité, infinité » (l.13).

v  La personnification hyperbolique : « De sa parfaite… régulier » (l.15-16), qui comprend le champ lexical de la perfection, et qui forme une antithèse avec la métaphore : « Mais nous n’en voyons pas… rapports » (l.16-17).

v  Si l’enfant atypique existe, ce n’est pas le fait du hasard, c’est parce que Dieu l’a voulu ainsi, comme le démontre la personnification : « Que cette forme… homme » (l.14-15).

*        L’homme manque de discernement et d’intelligence, car il ne se pose aucune question sur ce qu’il est habitué à voir, même si cela est atypique en soit, comme le souligne l’hyperbole : « Ce que l’homme voit fréquemment… cause » (l.19-20).

═► Cet éloge de Dieu, permet donc implicitement le blâme de l’homme, son manque d’ouverture d’esprit, d’où le registre épidictique.

═►Montaigne use donc et de l’art de convaincre, et de celui der persuader, pour mieux faire passer son message, d’où le registre didactique, soulignée par une légère tonalité pathétique.

 

 

                II- L’appel à la tolérance.

1°- Un essayiste humaniste.

   ● Nomination, à travers la présence du pronom personnel de la première personne du singulier : « Je » (l.1).

   ● Il est observateur, puisqu’il est apte à faire une description précise des deux enfants, avec :

          La périphrase : « Avant-hier » (l.1) ancre le récit dans une temporalité vécue par Montaigne, tout comme l’emploi des temps du passé, qu’ils soient passé simple : « Je vis » (l.1), imparfait : « Conduisaient (l.2), était (l.3), soutenait, marchait (l.4), gazouillait (l.5), semblait, était (l.6), était attaché (l.7), avait (l.8), voulait (l.11) », ou plus-que-parfait : « Etaient joints » (l.10).

          L’enfant est présenté accompagné des membres de sa famille, comme le montrent les périphrases organisées en accumulation : « Nourrice (l.1), père, oncle, tante (l.2) ».

          Comme pour la plupart des gens, c’est l’appât du gain qui fait agir ces personnes, ce qui est souligné par le zeugme : « Pour le montrer à cause de son étrangeté et pour tirer de cela quelque sou » (l.2-3).

          L’enfant n’est pas un être éthéré, il est présenté d’une manière concrète, laquelle tend à prouver qu’il est réellement un être humain, et non un monstre hideux, avec :

*       Le champ lexical du corps : « Pieds (l.4), tétins (l.7) ».

*       Le champ lexical de l’expression : « Gazouillait (l.5), cris (l.6) ».

*       La comparaison : « A peu près comme les autres enfants de même âge » (l.5). 

          Sa différence vient du fait qu’il a son siamois, lequel n’est plus en vie attaché au thorax, ce qui est démontré par :

*       La gradation ascendante dans l’attachement : « Collé, attaché » (l.7).

*       La comparaison : « Comme si un plus petit enfant voulait en embrasser un second » (l.12-13).

          Le deuxième enfant, qui n’est pas en vie, est aussi décrit le plus fidèlement possible :

*       Il n’a pas de tête, comme l’atteste la périphrase : « Un autre enfant sans tête et qui avait le canal du dos bouché » (l.7-8).

*       La personnification : « Le reste intact » (l.8).

*       La comparaison : « Un bras plus court que l’autre » (l.9), qui est combinée à l’allitération en [k], laquelle, soulignée par le présentatif : « C’est » évoque la fracture du bras : « C’est qu’il lui avait été cassé accidentellement à leur naissance » (l.9-10) qui prouve que s’il est difforme, cela est dû à un accident de naissance.

   ● Il est doué en argumentation, puisqu’il :

          Utilise un schéma argumentatif dont la construction non académique ne peut qu’interpeller le lecteur, avec :

*       l.1 à 3 : L’exemple.

*       l.3 à 11 : Explication de l’exemple.

*       l.12 à 15 : L’argument.

*       l.15 à 23 : Explication de l’argument.

*       l.24 à 25 : Reprise de l’argument pour prouver qu’il y a eu démonstration

═► L’ordre canonique du schéma argumentatif est bouleversé, ce qui ne peut qu’attirer le lecteur.

          Sait user de l’art de convaincre, avec :

*       Présence de connecteurs logiques de but, de cause, de conséquence, symboles d’une argumentation rationnelle : « Pour (l.2, 3), à cause (l.3), car (l.8) ».

*       Présence d’un exemple ciblé, précis auquel l’auteur dit avoir assisté, d’où la promesse de réalisme :

v  La périphrase : « Avant-hier » (l.1) ancre le récit dans une temporalité vécue par Montaigne, tout comme l’emploi des temps du passé, qu’ils soient passé simple : « Je vis » (l.1), imparfait : « Conduisaient (l.2), était (l.3), soutenait, marchait (l.4), gazouillait (l.5), semblait, était (l.6), était attaché (l.7), avait (l.8), voulait (l.11) », ou plus-que-parfait : « Etaient joints » (l.10).

v  L’enfant est présenté accompagné des membres de sa famille, comme le montrent les périphrases organisées en accumulation : « Nourrice (l.1), père, oncle, tante (l.2) ».

v  Comme pour la plupart des gens, c’est l’appât du gain qui fait agir ces personnes, ce qui est souligné par le zeugme : « Pour le montrer à cause de son étrangeté et pour tirer de cela quelque sou » (l.2-3).

*       L’enfant n’est pas un être éthéré, il est présenté d’une manière concrète, laquelle tend à prouver qu’il est réellement un être humain, et non un monstre hideux, avec :

v  Le champ lexical du corps : « Pieds (l.4), tétins (l.7) ».

v  Le champ lexical de l’expression : « Gazouillait (l.5), cris (l.6) ».

v  La comparaison : « A peu près comme les autres enfants de même âge » (l.5). 

*       Sa différence vient du fait qu’il a son siamois, lequel n’est plus en vie attaché au thorax, ce qui est démontré par :

v  La gradation ascendante dans l’attachement : « Collé, attaché » (l.7).

v  La comparaison : « Comme si un plus petit enfant voulait en embrasser un second » (l.12-13).

*       Le deuxième enfant, qui n’est pas en vie, est aussi décrit le plus fidèlement possible :

v  Il n’a pas de tête, comme l’atteste la périphrase : « Un autre enfant sans tête et qui avait le canal du dos bouché » (l.7-8).

v  La personnification : « Le reste intact » (l.8).

v  La comparaison : « Un bras plus court que l’autre » (l.9), qui est combinée à l’allitération en [k], laquelle, soulignée par le présentatif : « C’est » évoque la fracture du bras : « C’est qu’il lui avait été cassé accidentellement à leur naissance » (l.9-10) qui prouve que s’il est difforme, cela est dû à un accident de naissance.

═► L’essayiste présente les deux enfants sans faire appel au pathos, le plus simplement possible, sans tenter de créer la pitié chez le lecteur. Il reste dans une description la plus objective possible, ce qui est démontré par les euphémismes qui tentent de minimiser au maximum l’atypisme de l’enfant, et dont la deuxième occurrence est aussi une hyperbole : « Etrangeté (l.3), ses cris semblaient bien avoir quelque chose de particulier (l.5-6) ».

          S’en suit sa démonstration :

v  Pour mieux faire passer son message, il use de présents gnomiques, lesquels donnent à son discours une dimension d’aphorisme : « Sont (l.13), voit (l.13, 19), frappe, rapporte (l.14), rattache (l.15), vient (l.16), étonne, ignore (l.20), pense (l.21), arrive (l.22), a (l.23) ».

v  A ses yeux, la différence n’est en fait que l’idée que l’on se fait de ce que l’on ne connaît pas, comme le soulignent :

¯  Les hyperboles : « Ce que l’homme voit fréquemment… cause (l.19-20), mais ce qu’il n’a jamais vu… prodige (l.20-21) ».

¯  Le chiasme : « Ce que l’homme voit fréquemment ne l’étonne pas, même s’il en ignore la cause (l.19-20) // Mais si ce qu’il n’a jamais vu arrive, il pense que c’est un prodige (l.20-21) ».

¯  Le polyptote : « Contre (l.22) / Contrairement (l.22) ».

¯  L’hyperbole, soulignée par le présentatif : « Il n’y a rien… nature » (l.23).

          Sait user de l’art de persuader, avec :

*       Présence d’un connecteur logique d’opposition, dit de rupture qui choque le lecteur, et tente de lui prouver que lui aussi est dans l’erreur quand il croit voir des monstres : « Mais » (l.20).

*       La persuasion passe aussi par la présence du pronom personnel de la première personne du pluriel : « Nous » (l.12, 22), à la fonction de sujet, tout comme à a fonction de complément (l.24) : Il permet à l’essayiste de s’inclure dans le groupe des personnes intolérantes, et de ne pas heurter son lectorat qui constate qu’il se donne aussi une leçon à lui-même.

*       Le fait qu’il s’agisse d’enfants peut malgré tout générer de la pitié chez le lectorat, car :

v  L’enfant viable est jeune, comme l’atteste l’hyperbole : « Il était âgé de quatorze mois tout juste » (l.6-7).

v  Il est attendrissant, ainsi que le prouve la réification, combinée à la comparaison, qui l’assimile à un oisillon, et qui valorise alors sa fragilité : « Gazouillait à peu près comme les autres enfants de même âge » (l.5).

*       Il ne trouve aucune compassion chez les siens, qui plutôt que de le protéger, l’exhibent, ainsi que le montre le zeugme : « Pour le montrer à cause de son étrangeté et pour tirer de cela quelque sou », lequel est aussi organisé en parallélisme.

*       Il est du domaine du possible qu’il entre dans la persuasion, en évoquant « Dieu » (l.12), car la Religion tient une importance prépondérante dans la France du XVIème siècle, et tout Homme bien né ne peut être que réceptif à cet argument :

v  Il insiste sur les pouvoirs divins, qui lui permettent de cibler l’étroitesse de l’esprit de l’Homme, avec :

¯  L’antithèse : « Les êtres que nous appelons monstres… Dieu » (l.12).

¯  Le champ lexical de la grandeur qui caractérise Dieu : « Immensité, infinité » (l.13).

¯  La personnification hyperbolique : « De sa parfaite… régulier » (l.15-16), qui comprend le champ lexical de la perfection, et qui forme une antithèse avec la métaphore : « Mais nous n’en voyons pas… rapports » (l.16-17).

¯  Si l’enfant atypique existe, ce n’est pas le fait du hasard, c’est parce que Dieu l’a voulu ainsi, comme le démontre la personnification : « Que cette forme… homme » (l.14-15).

v   L’homme manque de discernement et d’intelligence, car il ne se pose aucune question sur ce qu’il est habitué à voir, même si cela est atypique en soit, comme le souligne l’hyperbole : « Ce que l’homme voit fréquemment… cause » (l.19-20).

═► Cet éloge de Dieu, permet donc implicitement le blâme de l’homme, son manque d’ouverture d’esprit, d’où le registre épidictique.

═►Montaigne use donc et de l’art de convaincre, et de celui der persuader, pour mieux faire passer son message, d’où le registre didactique, soulignée par une légère tonalité pathétique.

   ● C’est un humaniste, car :

          Il a une solide culture, comme le prouve la présence de la citation latine (l.18-19) qui démontre qu’il maîtrise parfaitement cette langue : Il a donc lu De divinatione de Cicéron.

          S’il ne remet pas en cause Dieu, il le fait lentement glisser vers l’idée de Nature, comme le montrent l’hyperbole : « Il n’y a rien… nature » (l.22-23), la personnification, combinée au parallélisme, et à l’injonction fortement teintée de prière : « Que cette raison universelle et naturelle chasse de nous l’erreur et l’étonnement que la nouveauté nous apporte » (l.23 à 25), en cela, il penche plutôt vers le rationnel.

          Il est tolérant, avec :

*       La compassion rentrée qu’il éprouve pour l’enfant, symbolisée par la réification : « Gazouillait » (l.5).

*       La personnification : « Il est à croire… l’homme » (l.4-5).

*       A ses yeux, la différence n’est en fait que l’idée que l’on se fait de ce que l’on ne connaît pas, comme le soulignent :

v  Les hyperboles : « Ce que l’homme voit fréquemment… cause (l.19-20), mais ce qu’il n’a jamais vu… prodige (l.20-21) ».

v  Le chiasme : « Ce que l’homme voit fréquemment ne l’étonne pas, même s’il en ignore la cause (l.19-20) // Mais si ce qu’il n’a jamais vu arrive, il pense que c’est un prodige (l.20-21) ».

v  Le polyptote : « Contre (l.22) / Contrairement (l.22) ».

v  L’hyperbole, soulignée par le présentatif : « Il n’y a rien… nature » (l.23).

   ● Il est croyant, comme l’attestent :

          Le champ lexical de la religion : « Dieu (l.12), sagesse, bon, ordinaire, régulier (l.16) ».

          L’antithèse : « Les êtres que nous appelons monstres… Dieu » (l.12).

          Le champ lexical de la grandeur qui caractérise Dieu : « Immensité, infinité » (l.13).

          La personnification hyperbolique : « De sa parfaite… régulier » (l.15-16), qui comprend le champ lexical de la perfection, et qui forme une antithèse avec la métaphore : « Mais nous n’en voyons pas… rapports » (l.16-17).

          Si l’enfant atypique existe, ce n’est pas le fait du hasard, c’est parce que Dieu l’a voulu ainsi, comme le démontre la personnification : « Que cette forme… homme » (l.14-15).

   ● C’est un sage, puisqu’il donne des leçons, avec :

          Les présents gnomiques qui donnent à son discours une dimension de proverbe : « Sont (l.13), voit (l.13, 19), frappe, rapporte (l.14), rattache (l.15), vient (l.16), étonne, ignore (l.20), pense (l.21), arrive (l.22), a (l.23) ».

          L’hyperbole : « Il n’y a rien… nature » (l.22-23), la personnification, combinée au parallélisme, et à l’injonction fortement teintée de prière : « Que cette raison universelle et naturelle chasse de nous l’erreur et l’étonnement que la nouveauté nous apporte » (l.23 à 25).

═► Registre épidictique.

 

2°- La leçon d’humanité.

   ● Il ne faut pas profiter du handicap d’autrui pour emplir son escarcelle, c’est abominable, et c’est ce qu’il prouve grâce au zeugme (l.2-3).

   ● Ce qui n’entre pas dans la norme ne veut pas dire que cela n’appartient pas la norme, cela appartient simplement à une norme qui dépasse l’entendement humain, car l’Homme a l’esprit trop étroit pour comprendre les desseins de Dieu, avec :

          Les hyperboles : « Ce que l’homme voit fréquemment… cause (l.19-20), mais ce qu’il n’a jamais vu… prodige (l.20-21) ».

          Le chiasme : « Ce que l’homme voit fréquemment ne l’étonne pas, même s’il en ignore la cause (l.19-20) // Mais si ce qu’il n’a jamais vu arrive, il pense que c’est un prodige (l.20-21) ».

          Le polyptote : « Contre (l.22) / Contrairement (l.22) ».

          L’hyperbole, soulignée par le présentatif : « Il n’y a rien… nature » (l.23).

   ● Il propose, en guise conclusion un souhait qui assimile presque son discours à une sorte de prière, avec l’hyperbole : « Il n’y a rien… nature » (l.22-23), la personnification, combinée au parallélisme, et à l’injonction fortement teintée de prière : « Que cette raison universelle et naturelle chasse de nous l’erreur et l’étonnement que la nouveauté nous apporte » (l.23 à 25).

═► Montaigne se pose donc en sage, en guide pour l’humanité, d’où les registres épidictique et didactique.

 

 

CONCLUSION.

   Dans ce passage, l’auteur humaniste use du genre de l’essai, afin de faire passer un message de tolérance et de respect. Il utilise plusieurs techniques d’argumentation, afin de toucher un lectorat le plus vaste possible.

   Quelques années plus tard, La Fontaine, lui, renoncera à ce genre, et choisira l’apologue afin de donner lui aussi à ses lecteurs, des leçons de vie.

 

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